
Le Président et Miss WadeRob Reiner
(1995)
Ce film a mis longtemps avant de m'intéresser. Plus jeune, je me disais que ce devait être un film ennuyeux fait d'élucubrations autour d'une pseudo passion entre un homme d'état et une femme, fait de longues promenades dans les jardins, avec un président cherchant par tous les moyens à montrer son attachement à un pays et à son peuple. Le tout avec plus une visée documentaire que fictive. J'étais bien, mais alors vraiment bien loin du compte...
Andrew Sherped, président des Etats-Unis, est en pleine campagne électorale. Il fait alors la rencontre Sidney Ellen Wade, une militante écologique qui cherche à obtenir des voix pour faire passer un projet de loi sur l'environnement. Andrew, veuf et élevant seul sa fille, tombe subitement amoureux de la jeune Sidney qui a bien du mal à concevoir en lui un homme autre que le président. Mais celui-ci ne va pas se laisser décourager et tentera de concilier tant bien que mal sa prochaine élection et sa vie sentimentale.
Qui aurait pu se douter qu'un film mettant en scène les aventures amoureuses du président des Etats-Unis devienne quelques années plus tard un semblant de réalité ? En effet, ce film a été tourné 3 ans avant l'affaire Lewinksy, laquelle fut bien plus grave dans le sens où il ne s'agissait pas d'un veuf solitaire. Pourtant, cette affaire a montré à quel point le peuple américain se sentait davantage concerné par la vie privée de leur président, donnant ainsi une plus grande crédibilité à ce film. Film que l'on pourrait dès lors comparer avec les événements de 2007 autour du président français et de sa relation avec une nouvelle femme peu de temps après son divorce. Mais au fond, on ne cessera jamais de le dire : le peuple n'est pas avide de potins, mais avale ce que les médias lui propose, ce qui est aussi l'un des points abordé par le film.
En effet, dès qu'il est question de présidence, il est question de média et de presse. A croire qu'un président ne se juge que par son image et sa célébrité. On est bien loin ici du président héros à la manière de Harrison Ford dans
Air Force One (Wolfgang Petersen, 1997) ou du président salopard incarné par Gene Hackman dans
Les Pleins Pouvoirs (Clint Eastwood, 1997), encore moins d'un président rassurant de Morgan Freeman dans
Deep Impact (Mimi Leder, 1998). Il s'agit tout au contraire d'un président qui n'a rien de charismatique, un président qui n'assume pas sa fonction. Il refuse d'affronter son rival et ses discours absurdes, se moque des sondages en chute et ne fait pas vraiment campagne durant le film. Au contraire, Michael Douglas incarne plutôt un président ne veut pas l'être. Sur ce charisme, il est d'ailleurs fait à juste titre d'une référence à Capra et à
L'homme de la rue (1947) que l'on peut mettre en parallèle avec ce film sur le pouvoir charismatique d'une personne.
En effet, il revient sans cesse sur la manière dont les gens le perçoivent, que ce soit son chef de cabinet et ami intime qui refuse de l'appeler par son prénom ou de le tutoyer, ou encore Sidney qui a bien du mal à croire que le président s'intéresse à elle pour d'autres raisons que politiques. Andrew Sheperd est un homme terriblement seul, et c'est d'ailleurs le propos principal du film, la solitude d'un président, aussi entouré soit-il par son équipe. Cela est montré à plusieurs niveaux, que ce soit dans sa vie privée mais aussi ses fonctions : donner un ordre d'attaque n'est pas un acte présidentiel dont il veut être fier, au contraire. De même que ses choix de campagne pour obtenir les voix nécessaires à sa réélection.
Mais au-delà de ces réflexions, il ne faut pas oublier tout l'aspect humoristique du film. Les situations dans lesquelles se met Sidney nous font sourire par leur simplicité et leur compréhension. En effet, la jeune femme ne cesse d'être confuse de sa maladresse face à un homme qui peut être irrité du moindre irrespect. Pourtant, force est de constater que ce n'est qu'un homme comme les autres, mais cela nous montre bien l'intérêt que la population attache à son président. On pourrait toutefois s'interroger sur la psychologie de Sidney, passant d'une timidité maladroite à un désir fougueux en quelques instants alors qu'elle était venue annoncer qu'elle ne voulait pas continuer cette relation tandis qu'Andrew lui exposait la situation comme un plan d'attaque. Cette scène qui n'a rien de romantique dans la chambre présidentielle tourne un peu en catastrophe et l'on essaie de se sortir d'une impasse sans vraiment réussir, d'autant que c'est une étape importante dans le film et la relation entre le président et miss Wade.
Mais une fois débarrassé, le film reprend son sérieux pour fournir les enjeux d'une politique en lien avec la relation du président. Ce dernier devra choisir de continuer sur le projet de la femme qu'il aime ou bien de défendre un projet à l'opposé. La sécurité face à l'environnement, débat de tout temps houleux entre les partis. Pourtant ce débat nous ammène à considérer le film avec plus de sérieux et de crédibilité dans les fonctions présidentielles.
Ce qui est drôle en revanche, c'est qu'il est souvent question de sondage et de l'opinion public. Le président représentant bien plus qu'une simple autorité, il est le représentant de toute un peuple qui peut atteindre plusieurs millions de citoyens, notamment aux Etats-Unis, pays d'autant plus important qu'il est, quoi qu'on en dise, un des pays les plus forts du monde. Et donc, ce qui est drôle, c'est qu'on ne voit à aucun moment la population. Aussi drôle qu'étonnant d'ailleurs puisque le président est censé représenter cette population et aussi qu'il a bien du mal à sortir de ses fonctions pour agir en simple citoyen. La seule personne qu'il rencontre est une fleuriste qui tombe dans les pommes, ce qui renvoie aussi à la célébrité divine de cet homme pour cette population américaine. Mais cette absence de population autour de lui ne fait qu'accroître sa solitude.
Mais finalement, notre cher président trouvera les mots justes de la riposte à son rival. Un discours qui semble bien improvisé, comme c'est souvent le cas dans ce genre de film, dès que le président s'exprime face aux journalistes. Discours que je trouve d'ailleurs assez juste, il ne renie pas les défauts d'une campagne présidentielle mais invite chacun à reconsidérer son combat et s'il rentre dans les valeurs de ceux promulgués par les médias. Mais on constate aussi que le président américain au cinéma ne se détache pas d'une aura bienveillante à chacune de ses intervention.
Et n'oublions pas quelques grandes figures autour de Michael Douglas, qui incarne bien son rôle de président, Martin Sheen en chef de cabinet intelligent et expérimenté, ainsi que Michael J. Fox en conseiller survolté, un rôle qui lui va bien. Sans oublier la prestation très juste d'Annette Bening qui parvient à nous faire partager l'évolution d'un personnage à la fois dramatique et drôle.
Ainsi
Le Président et Miss Wade apparaît comme un film sur un président et ses fonctions, le tout distillé avec un humour assez fin qui fait de ce film émouvant un très bon film.